Ma première hutte de sudation

Ma première hutte de sudation

J’en rêvais depuis un moment déjà, un rite de passage, une mue, un rituel pour libérer des choses.

Un rituel très simple: une hutte, des pierres chaudes, un tambour et Soi.

J’arrive sur le lieu avec 10 autres personnes.

Nous préparons le cercle qui accueillera en son centre le Feu Sacré , ainsi que l’autre cercle où se trouve la hutte.

Il y a une entrée dans le premier cercle, on tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, pour accéder à l’autre cercle, par un petit passage de pierres, et donc à la hutte (où l’on tourne aussi dans le sens des aiguilles).

On crée un vortex, une énergie qui prépare déjà le terrain.

Il y a des choses qui bougent, même depuis que j’ai réservé ma place.

Le consignes sont données, elles permettent de détendre tout le monde. On fait au mieux, chacun vit cette expérience pour lui seul. Rien à prouver, juste expérimenter, accueillir.

La hutte est préparée, on met des couvertures, on enlève les anciennes pierres du trou central.

Rituel de préparation du feu, chaque bûche et chaque pierre est remerciée avec une intention particulière.

Le Nord, le Sud, l’Est, l’Ouest, la Terre, le Ciel, et le Centre.

Les pierres chauffent « tranquillement ». Nous préparons nos sacs à prières.

Des petits morceaux de tissus, repliés en sacoche avec du tabac dedans. On pose notre intention pour cette hutte.

« Les esprits aiment le tabac. Pour qu’ils écoutent, on leur en offre. »

Le signal est donné. Dans ce froid nocturne de décembre, on se déshabille lentement.

Heureusement le feu est là pour nous réchauffer.

Nous sommes tous en maillot, prêt à reprendre contact avec la terre.

Je me sens bien, paisible. Le contact du sol froid sur mes pieds et la chaleur du feu me font plaisir. J’ai l’impression de revenir en des temps où le feu était le seul gage de sécurité, de lumière, de chaleur et de douceur.

Le Gardien du Feu reste dehors avec les pierres pour continuer de les chauffer, et entretenir ce Feu Sacré.

Si besoin, on crie très fort “tobacco”, et le gardien jettera du tabac dans le feu pour nous aider.

Il nous passe à la sauge un par un. Purification avant d’entrer dans la hutte.

Je passe le 3ème, front contre le sol pour dire “Mitakuye Oyasin” : “nous sommes tous reliés”.

Nous sommes 10 à l’intérieur, recroquevillés comme on peut, nous sommes serrés et à nos pieds, le trou qui va accueillir les pierres rouges de feu.

Nous faisons entrer les pierres une à une, elles font monter dans l’air, au contact de la terre humide, une odeur merveilleuse, très douce.

La chamane y met de la sauge et d’autres plantes séchées : du romarin, etc…

Ça sent vraiment bon.

Nous fermons la porte. Obscurité totale. Le crépitement des pierres. Silence.

Je me sens bien, « enfermé, serré, dans le noir » pour la tête, « chaleur humaine, douceur et joie » pour le coeur.

Le coeur prend le dessus.

Je sens que ça va être incroyable.

Un léger bruit de tambour se fait entendre. Ainsi qu’un chant.

Des gens chantent. C’est beau, on est juste là.

Mon corps veut dormir, je le laisse donc sombrer.

La chamane jette de l’eau sur les pierres, la vapeur monte. Ça y est, il fait chaud.

Je suis un habitué du sauna, mon corps sait qu’il fait 90 degrés. Il est serein.

Des choses se libèrent, j’ai mal au dos, ma tête essaie de me divertir, je l’accueille.

Une femme pleure et j’entends un cri, je ressens les cris de ma mère quand j’ai dû naître.

Il y a de la peur, de l’incompréhension, je laisse pleurer ce bébé en silence, calmement.

La porte s’ouvre. Nous avons passé la « première porte », le corps physique.

Tout le monde va bien.

L’air frais entre, c’est magique. D’autres pierres rouges entrent dans la hutte.

Mêmes odeurs inexplicables.

Des chants montent dans la hutte. Des bruits d’animaux, des chuchotements, des cris.

Mon mental est là, à fond. Je l’accueille.

Il juge, trie les notes qu’il entend, les mots, …

« ll chante un demi ton en dessous lui, ça c’est faux, il fait chaud dis donc, ça fait combien de temps qu’on est là ? etc… »

De l’eau sur les pierres, la vapeur monte à nouveau, plus chaud qu’avant. Ça chauffe.

Je mets ma tête au sol pour respirer l’air frais.

Ma tête n’arrête pas de parler, parler, parler.

Je me recentre sur mon coeur, elle s’accapare tout.

Je suis en colère contre moi-même.

La porte s’ouvre. La deuxième porte est passée : le corps mental.

Tout va bien.

De nouvelles pierres. C’est reparti.

Plus d’eau, plus de vapeur. Je brûle, nos brûlons tous. C’est inexplicable.

Je respire très très lentement, respirer rapidement ne fait qu’empirer les choses et nourrit l’hyperventilation

Mon coeur se calme, l’air frais de la terre me fait du bien. C’est hyper agréable, elle absorbe tout.

Des émotions montent, redescendent, sortent, crient, pleurent, marmonnent.

Nous sommes tous en train de faire sortir.

Une chanson naît dans la hutte : Hallelujah de Leonard Cohen.

Je pense à Jeff Buckley, à sa voix, et je chante cette chanson avec tout le monde. À l’octave, oreille de musicien oblige, mon coeur n’arrive pas encore à chanter, ma tête prend le dessus à chaque fois pour l’instant.

C’est merveilleux. Que d’émotions.

La porte s’ouvre de nouveau. La troisième porte, le corps émotionnel.

On respire l’air frais qui entre, la lumière du feu éclaire à peine le visage des ces êtres autour de moi, la fumée danse partout autour de nous, ça sent la sauge et la terre, il fait chaud, la hutte est comme une voute étoilée. Je rêve.

Les dernières pierres entrent.

Le tambour résonne fort dans la hutte, on aperçoit ces énormes pierres au centre, rouges, incandescentes.

De l’eau, beaucoup, beaucoup d’eau. La vapeur monte, on jette notre tête au sol pour pouvoir respirer, il fait plus de 100 ° C c’est sûr (ma tête dit minimum 400 °…)

J’ai l’impression d’entrer dans la terre, d’être absorbé, elle transmute tout, elle accueille tout.

Nous restons là, dégoulinant, dans la glaise, et je ressens une profonde gratitude.

Nous remercions, la hutte, les pierres, l’Univers, la Terre, etc… et chacun d’entre nous d’avoir apporté son authenticité pour évoluer tous ensemble.

La porte s’ouvre, la porte spirituelle. Ça y est.

La chamane sort, je reste un moment, presque nostalgique de sortir de là. J’attends encore un petit moment, je sens qu’il est temps.

Front contre la terre, la phrase magique imprononçable, et je sors à quatre pattes.

Accueilli par l’air frais, le feu et les braises, et la pleine lune qui veille sur nous. Un léger brouillard nous enveloppe.

On me tend une tasse de tisane chaude, je rampe jusqu’au feu, je reviens doucement à moi-même.

Un bien être absolu. Ces visages qui dansent à la lueur du feu, de la terre partout sur nos corps suants et fumants.

Je me sens profondément vivant et ancré. Mon corps est paisible, ma tête aussi.

On se rhabille, on grignote, on s’hydrate et on papote. Paix du coeur.

Merci à toutes ces merveilleuses personnes qui ont permis cette expérience extraordinaire.

Gratitude,

Théo

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